​Vie étudiante : connecté pour apprendre

Warning!

Are your sure you would like to delete this favorited item from your dashboard?

 

PLUSIEURS D’ENTRE NOUS CONÇOIVENT ENCORE L’ÉTUDIANT UNIVERSITAIRE AMÉRICAIN COMME un jeune homme ou une jeune femme idéaliste d’environ 20 ans, enthousiaste à l’idée d’apprendre, mais également de jouer, et profitant d’un délai de quatre ans avant de s’engager pleinement dans la vie adulte et de subir les pressions de la « vraie vie ». Traditionnellement, l’université (ou le collège) est représentée comme une enclave feuillue ou une tour d’ivoire qui est distincte du monde de tous les jours. Mais la technologie, l’économie et la mondialisation ont trouvé le moyen de créer une rupture majeure avec ce portrait de plus en plus effacé de la vie sur un campus.

D’une part, le corps étudiant d’aujourd’hui est beaucoup plus diversifié en termes d’âges, d’origines ethniques, de cultures et de situations économiques que par le passé. Selon un rapport Open Doors publié par l’International Institute of Education en collaboration avec le Bureau of Education and Cultural Affairs des États-Unis, au cours de l’année scolaire 2010/2011, le nombre d’étudiants étrangers qui se sont inscrits dans des collèges et des universités américaines a grimpé de 5 % pour atteindre 723 711. Cette tendance favorise la sensibilisation d’une clientèle étudiante qui est déjà consciente de son appartenance à un village planétaire.

La mondialisation a bien sûr commencé bien avant le 21e siècle. Le célèbre théoricien de la communication canadien Marshall McLuhan avait déjà fait référence à ce « village planétaire » au début des années 1960. Mais les avancées technologiques n’ont fait qu’amplifier le phénomène. Les étudiants d’aujourd’hui sont conscients des questions d’intérêt mondial, voire dévoués à leur cause, et des institutions, dont l’Université Stanford, ont réagi en proposant des diplômes dans des domaines comme les systèmes terrestres, les études en politiques internationales et l’innovation mondiale. Et cette sensibilisation au monde commence tôt : il suffit de regarder un jeune de 12 ans jouer sur une console Xbox avec des partenaires de jeu de partout sur la planète ou un adolescent en train de faire des recherches sur son ordinateur portatif pour un travail d’histoire. Au lieu de consulter un livre avec une seule photo des pyramides d’Égypte, cet élève peut faire une visite virtuelle du site grâce à Google Earth, voir des photos personnelles de voyageurs ou utiliser Skype pour communiquer avec un archéologue travaillant sur le terrain.

« Nous devenons ce que nous regardons. Nous façonnons nos outils, et ceux-ci, à leur tour, nous façonnent. »

- Marshall Mcluhan

Les natifs du numérique ou les membres de la génération Z, qui domine encore la clientèle étudiante, n’ont jamais vécu sans ordinateurs, téléphones cellulaires, jeux vidéo ou la satisfaction instantanée que procure iTunes. C’est extraordinaire de voir à quelle vitesse une jeune personne peut s’adapter à de la technologie. Une fille de quatre ans peut apprendre à jouer à Angry Birds sur le téléphone cellulaire de ses parents. Les enfants d’âge préscolaire peuvent utiliser une souris avant d’apprendre à nouer leurs lacets ou à faire de la bicyclette. Un écolier en sixième année fera une recherche sur Wikipédia pour répondre à la question « Pourquoi le gazon est-il vert? » plutôt que de consulter un livre de la bibliothèque. Au niveau universitaire, les étudiants ont davantage confiance en l’Internet que la salle de classe pour obtenir de l’information. En matière de technologie, les étudiants possèdent des compétences sans précédent.

Les étudiants du 21e siècle sont non seulement des experts en utilisation de la technologie pour accéder à de l’information de diverses sources, mais ils possèdent également des compétences à titre de créateurs de contenu. Depuis leur enfance, la plupart d’entre eux ont une présence publique sur les médias sociaux et partagent du contenu autogénéré avec des amis et le reste de la planète sans hésitation. Selon le Pew Research Center’s Internet and American Life Project, 27 % des adolescents âgés de 12 à 17 ans qui utilisent l’Internet enregistrent et téléversent du contenu vidéo sur le Web; 13 % diffusent du contenu vidéo en direct sur Internet.[2] Si le contenu généré par ces adolescents n’équivaut à du contenu éducatif qui est instructif et renseigné, l’activité elle-même laisse croire que les étudiants voudront quand même être actifs dans des contextes pédagogiques et non uniquement sur les réseaux sociaux. Notre recherche indique qu’il en est ainsi.

Le leader d’opinion Marc Prensky, qui possède des diplômes de Yale et de la Harvard Business School et qui a inventé l’expression « natifs du numérique », croit que les étudiants d’aujourd’hui ne représentent pas une progression incrémentielle, mais un changement fondamental, c’est-à-dire qu’ils possèdent des schémas de pensée tout à fait différents. Un exemple? Les « immigrants du numérique », un groupe qui comprend bien sûr les parents et les enseignants, lisent un manuel pour apprendre à utiliser un nouveau logiciel; les natifs du numérique s’attendent à ce que le logiciel lui-même leur « enseigne » comment l’utiliser. Ces étudiants ne se sont pas adaptés au monde numérique; ils y sont nés.[3]

De nos jours, la plupart des étudiants commençant leur programme universitaire s’attendent à ce que les institutions soient équipées d’un réseau Wi-Fi omniprésent, de salles de classe multimédias et d’une bibliothèque fournissant des ordinateurs de bureau et pouvant prêter des ordinateurs portatifs dotés de logiciels de recherche. Les professeurs utilisent souvent de la technologie pour rehausser leurs conférences ou pour faciliter la discussion au sein d’un petit groupe. Les étudiants dans des groupes d’étude ou au sein d’équipes de projet utilisent des ordinateurs portatifs ou des téléphones intelligents pour partager des idées ou des renseignements. Ils semblent être des collaborateurs nés. De toute évidence, la plupart des étudiants possèdent les compétences techniques et en réseautage social requises pour profiter des nouveaux modèles d’enseignement hybrides qui combinent l’enseignement en personne avec les baladodiffusions, les forums de discussion en ligne, les jeux numériques, les vidéos interactives et les médias sociaux.

« Nos étudiants ont changé radicalement. Les étudiants d’aujourd’hui ne ressemblent plus à la clientèle pour laquelle notre système éducationnel avait été conçu. »

- Marc Prensky, Digital Natives, Digital Immigrants

Au-delà des iPhone omniprésents et d’une aptitude naturelle pour le « langage » de la technologie, les universitaires de la génération Z diffèrent des étudiants qui sont entrés à l’université en 1980 ou en 1990 d’autres manières significatives. Les étudiants, par nécessité et par acculturation, sont des consommateurs. Avec les frais de scolarité qui grimpent sans cesse, et qui requièrent souvent un endettement colossal, de nombreux étudiants réfléchissent très sérieusement au ratio coût-bénéfice d’une éducation universitaire : Qu’est-ce qu’un programme universitaire de quatre ans avec des frais de 200 000 $ va m’apporter? Vais-je être en mesure de trouver un emploi qui va permettre de payer mon emprunt? Confrontés à un marché du travail concurrentiel, les étudiants sont à la recherche de programmes d’études qui se traduiront par des récompenses professionnelles. Par conséquent, certaines institutions offrent des programmes similaires au diplôme Leaders in Global Operations de MIT. Dans sa publicité, l’université affirme que 95 % des diplômés du programme LGO décrochent un emploi dès la fin des études.

Pour les amateurs de technologie talentueux et les entrepreneurs nés, ne pas aller à l’université pour obtenir un baccalauréat pourrait être un choix judicieux. Chaque année, l’organisation Thiel Fellowship offre à de jeunes personnes (nées après 1992) des bourses de 100 000 $ sans condition pour leur permettre de se concentrer sur leurs travaux, des projets de recherche et l’autoformation au lieu d’aller à l’université. Un mentorat est offert aux membres du Thiel Fellowship par des investisseurs, des scientifiques et des entrepreneurs renommés qui fournissent des conseils et les mettent en relation avec des gens d’affaires. « Au lieu d’étudier, ils font. »[4] Grâce à la stature emblématique de héros culturels de la génération Z comme Mark Zuckerberg et Steve Jobs, de nombreuses jeunes personnes ambitieuses envisagent de devenir des entrepreneurs au lieu de passer six ans à l’université pour devoir ensuite gravir lentement les échelons de la hiérarchie d’une entreprise. Cependant, seulement vingt jeunes personnes chanceuses obtiennent une bourse du Thiel Fellowship par année; c’est plus facile d’entrer dans une université de l’Ivy League.

Selon un article récent du journal New York Times, l’apprentissage en milieu de travail est de retour par l’entremise de programmes comme Enstitute, une expérience éducative de deux ans en contexte de travail qui permet d’acquérir des compétences dans des domaines liés aux technologies, aux médias numériques et à la publicité, ainsi qu’au sein d’organisations sans but lucratif et de bienfaisance. « Enstitute veut confronter l’opinion traditionnelle voulant que les meilleurs emplois professionnels requièrent toujours un baccalauréat, du moins en ce qui a trait aux jeunes personnes qui maîtrisent la sphère numérique. »[5] Le coût? À l’automne 2013, les frais de scolarité étaient de 1 500 $ par année. Lorsque des étudiants d’Enstitute terminent le programme, « au lieu de recevoir un diplôme papier, ils finissent en ayant acquis un ensemble de compétences, conclu des ententes pour la création d’entreprises, assemblé un portefeuille d’éléments de marketing et fabriqué des produits, en plus d’avoir obtenu de 5 à 10 recommandations professionnelles. »

L’avantage que pourrait représenter un tel programme aux yeux d’une jeune personne de 18 ans réside dans l’avance qu’il permet de prendre par rapport aux paires sur le marché du travail. Si certains employeurs considèrent encore le baccalauréat comme étant un prérequis pour un poste professionnel, d’autres indiquent qu’ils préféreraient embaucher un employé possédant de solides compétences pertinentes.

Selon le U.S. Department of Education, seulement 10 % des étudiants ont obtenu un diplôme dans un programme en arts libéraux traditionnel au 21e siècle, ce qui représente une baisse significative par rapport à la décennie précédente. À la place, les étudiants choisissent des programmes qui leur permettront de décrocher un emploi. Ainsi, plus de la moitié des étudiants de premier cycle optent maintenant pour des programmes en commerce, en génie ou en soins infirmiers. Le baccalauréat en commerce est le diplôme le plus populaire au pays, avec une proportion de 22 pour cent de tous les diplômes octroyés. Les écoles réagissent également en fonction des préoccupations des étudiants en offrant des programmes d’alternance travail-études, de l’apprentissage par l’expérience et des partenariats avec des entreprises.

« C’est mieux d’être un pirate que de s’engager dans la marine. »

- Steve Jobs

C’est possible d’avoir une opinion négative de cette méthode pédagogique pragmatique, mais sa valeur est également perceptible. Les étudiants apprennent à prendre des décisions, à évaluer le risque et à assumer la responsabilité de leurs choix. Ils créent également de précieux liens d’affaires. Si l’activité intellectuelle que l’on retrouve dans un collège d’arts libéraux a encore du mérite, les étudiants veulent également recevoir une éducation qui est significative dans le contexte de leurs vies à ce moment de l’histoire, répondre à des questions pertinentes et résoudre de vrais problèmes.

Que pensent les étudiants d’aujourd’hui de l’éducation? Le professeur Michael Wesch et les quelque 200 étudiants inscrits à son cours Introduction to Anthropology ont collaboré à la création d’une vidéo remarquable dans laquelle on peut voir un groupe d’étudiants assis dans une salle de cours et tenant des cartons ou des feuilles de papier sur lesquels sont écrits les messages suivants : « Je consulte Facebook pendant le cours », « Je n’ai pas créé les problèmes, mais ce sont MES problèmes », « Je dépense des centaines de dollars pour des livres que je ne lis pas », « Seulement 18 % de mes professeurs connaissent mon nom », « J’accomplis plusieurs tâches à la fois; je n’ai pas le choix », « Lorsque j’aurai fini mes études, j’aurai un emploi qui n’existe pas encore aujourd’hui » et « Plus de 1 milliard de personnes gagnent moins de 2 $ par jour ».[6]


En quoi les étudiants d’aujourd’hui diffèrent-ils de ceux des générations précédentes? Quelle est l’influence des étudiants, des corps professoraux, des technologies et des curriculums du 21e siècle sur la planification de l’espace intérieur? Comment les salles de classe doivent-elles être adaptées aux changements sur le plan de l’apprentissage et de l’enseignement? Comment pouvons-nous faciliter le changement dans des immeubles patrimoniaux? Dans le monde des affaires, comment pouvons-nous concevoir des milieux de travail qui vont attirer les natifs du numérique et maximiser leurs compétences?

Explorez les tendances actuelles et émergentes dans le monde de l’enseignement supérieur tout en découvrant les parallèles avec l’environnement de travail moderne avec un accent mis sur la flexibilité, la durabilité et les technologies de communications.

SHOW FILE PROPERTIES
file name

description

size

created

modified